Stagiaires PLC2 Belfort, le 08 mars 2000.

Anglais

IUFM de Franche-Comté

Mme le Recteur d’Académie

Mme l’Inspecteur Pédagogique Régional

Mme l’Inspecteur Général

M. le directeur de l’IUFM de Franche-Comté

M. Oudot

Mme Bourjault

Mme Adam

Intersyndicale IUFM

 

Objet : Lettre de doléances des stagiaires PLC2 concernant les formations disciplinaire et générale.

 

Madame, Monsieur,

Après concertation ce jour, les stagiaires PLC2 Anglais souhaiteraient porter à votre connaissance leurs revendications en matière de formation, dans la perspective annoncée d’une réforme des IUFMs :

 

  1. Formation disciplinaire

Nous aimerions que la formation ait un caractère plus concret, puisque la théorie a été l’objet de nos dernières années universitaires, sans quoi nous n’aurions pas obtenu le CAPES. Pendant les trois premiers mois, nous nous sommes vu proposer ½ heure par mercredi pour parler de nos problèmes concrets, mais nous trouvons cet horaire insuffisant face à nos interrogations multiples.

De plus, les représentations de l’actualité enseignante véhiculées par les formateurs sont toujours basées sur des conditions idéales de moyens, de publics, d’horaires, de locaux et d’interdisciplinarité. Ceci n’est qu’un des symptômes de la déconnexion des formateurs, qui pour la plupart n’ont plus qu’un vague contact avec le " terrain ".

Du reste, nous nous voyons infantiliser sans arrêt, puisque notre travail consiste à recevoir la becquée de la part de formateurs qui nous présentent du " pré mâché ", alors que nous avons nous aussi des pistes à proposer et à soumettre au jugement de nos pairs, avant d’accepter un modèle qui serait la panacée à tout projet pédagogique.

Enfin, il nous paraît inadmissible que certains Conseillers Pédagogiques d’Accueil (un dénominatif pourtant très explicite…) refusent d’ouvrir leurs classes, et leur esprit, à des innovations de la part de stagiaires alors que le stagiaire, lui, a pour mot d’ordre la transparence pédagogique. Nous trouvons inconcevable que certains CPA refusent cette ouverture (qui fait pourtant l’objet d’une rémunération), et ce, impunément.

Nous attendons de la formation la possibilité de participer à des travaux didactiques en groupes sur des supports variés (vidéos, enregistrements audio, textes, chansons, etc.) qui nous engageraient dans des échanges constructifs (confrontations d’idées, de méthodes, déculpabilisation) à l’heure où l’on prône sans arrêt le travail d’équipe. Certes nous attendons bien quelques suggestions magistrales, mais à condition qu’elles interviennent en fin d’échange et qu’elle nous laissent quand même une grande part de liberté pédagogique (l’expression " forger son identité professionnelle " prendrait alors tout son sens…).

Pour changer des conditions idéales dans lesquelles nous évoluons pendant cette année (providentielle ! car qui d’entre nous croit encore à une première affectation idéale l’an prochain ?), nous proposons que la proportion situation/ formation soit changée au profit d’une plus grande part de terrain : nous aurions ainsi un peu moins l’impression que l’on nous " occupe " à l’iufm pour justifier notre salaire. Non, ce ne sont pas des vacances que nous réclamons, ce sont des Stages de Pratique Accompagnée plus longs (donc plus significatifs et plus fructueux), ou bien des Stages en Responsabilité à horaire plus lourd qui nous permettent d’enseigner à la fois en collège et en lycée, puisque force est de constater que c’est sur le " terrain " que l’on progresse et pas à l’iufm. De même, il ne suffit pas de varier les niveaux, il faut aussi varier les publics : pourquoi ne pas organiser un passage dans un établissement réputé difficile, puisque c’est à cette réalité-là que nous serons tous confrontés l’an prochain et face à laquelle les théories théoriciennes de l’iufm se révèleront une fois de plus inefficaces.

Toujours dans une perspective de concrétisation et de pragmatisme, nous aimerions que les intervenants soient des gens du terrain, très au fait de la réalité pédagogique, qui nous allouent des moments de réflexion commune sur des supports utilisables en classe.

Nous souhaiterions aussi voir institutionnaliser ½ journée par trimestre qui permette à l’ensemble des stagiaires d’une même discipline de faire le point sur les formations reçues, ceci supposant bien sûr que les calendriers de formations restent flexibles au cas où leur révision s’avèrerait incontournable.

Nous tenions aussi à préciser certains faits parlants qui résultent directement de la formation : certains stagiaires sont au bord de la dépression tellement ils ne se sentent pas épaulés en matière de relation pédagogique ; d’aucuns ont même démissionné au bout de 3 mois, alors qu’ils auraient fait selon nous des professeurs compétents. N’est-ce pas là la preuve que l’iufm sape tout notre enthousiasme, sans compter les gaspillages d’énergie et de kilomètres qui n’allègent pas le quotidien?

 

  1. Mémoire, mini-mémoire et validation de la formation

Nous sommes offusqués de constater que l’évaluation normative de fin de 2ème année se base pour une grande part sur un " mini-mémoire " dont l’utilité est contestée par certains formateurs eux-mêmes (dixit stagiaires de Lettres) et sur un " mémoire " professionnel qui, après lecture des ‘œuvres’ de nos prédécesseurs, apparaît comme un tissu d’anecdotes et de bâclages, symptôme aigu d’une volonté des iufms de meubler notre temps libre de maintes tâches décousues et surfaites. Ne vaudrait-il pas mieux s’en tenir à une seule occupation valable, celle d’enseigner, de nous laisser le temps et le recul nécessaire pour bien faire et pour innover, puisque, au fond, nous sommes d’accord sur les objectifs : former des identités professionnelles solides.

Puisque nous convergeons sur la démarche d’innovation et de partage des expériences mais que la forme d’un mémoire nous paraît très artificielle, surtout après notre cursus universitaire, pourquoi ne pas opter pour un entretien ? Après toutes les tentatives d’infantilisation que nous subissons, on finirait par oublier que nous avons un cerveau, capable de mémoriser nos tentatives, nos échecs, nos réussites et nos espoirs. Pourquoi ne pas laisser place à la spontanéité dans les formes ? L’échange n’en serait-il pas plus fructueux ? Nous faisons un métier de terrain, pas du secrétariat.

 

  1. Formation générale

Tout a commencé quand on nous a fait déplacer (de 160 à 220 kms pour certains) un jeudi de septembre pour nous faire remplir un questionnaire sur les TICE. Ce jour-là, nous n’avons pas touché aux ordinateurs, et nous avons appris que de toutes façons, l’ordinateur ne sachant pas lire les données du questionnaire, ce dernier ne serait d’aucune utilité, alors qu’il était censé servir à la composition de groupes de niveaux. Comprenez notre exaspération ! Ce questionnaire, par ailleurs très fouillé, aurait pu être l’outil de base des formateurs, en tenant compte des savoir-faire de chacun. Du reste, nous proposons que certains soient dispensés de cette formation, compte tenu de leur niveau très avancé.

En outre, lors de la première réunion sur la formation générale, nous avions cru comprendre qu’on nous dispenserait une formation en audiovisuel. Une fois de plus, nos attentes ont été déçues et nous regrettons qu’à l’heure où l’on parle de nouvelles méthodes de travail, on ait abandonné cet objectif indispensable.

Nous avons déjà abordé la question du mini-mémoire ; reste à ajouter qu’à aucun moment notre " passé " éducatif n’a été pris en compte : certains ont déjà été surveillants d’externat, maîtres d’internat, par exemple. Croyez-vous qu’en occupant ces postes on ne soit pas amené à côtoyer assistante sociale, infirmière, CPE, personnel A.T.O.S., etc. ? Il serait temps de penser à des " groupes de niveaux " d’E.S.E., voire à des dispenses pour les stagiaires qui justifient d’un poste antérieur en collège ou en lycée.

Quant à la teneur de ces enseignements eux-mêmes, nous trouvons inacceptable de se déplacer pour se voir distribuer des liasses de photocopies qui seront lues, et lues seulement, sur place pendant les 6 heures de présence obligatoire par jour: c’est le rôle de La Poste que de distribuer l’information, et nous sommes tous aussi capables les uns que les autres de lire (pour lire) un texte écrit. Par contre, il serait peut-être intéressant de nous apprendre à interpréter les textes de loi, à travailler ensemble sur des cas d’école ou sur des expériences vécues (et concrètes !), pour que chacun ne reste pas sur sa faim au bout de 36 heures d’E.S.E.

Enfin, certains stagiaires satisfaits par leurs séances d’E.S.E. ont souligné l’intérêt qu’il peut y avoir à changer d’établissement à chaque séance, car il est vrai que la réalité éducative n’est pas la même partout.

A part pour le module sur l’hétérogénéité et un atelier sur l’adolescence (menés tous deux par des gens du terrain…), nous nous interrogeons sur le bien-fondé de ces activités, où une fois de plus nous subissons un monologue de 2 fois 6 heures, sans qu’aucune interaction n’intervienne. Le module intitulé " réguler conflits et violences " est même allé encore plus loin dans l’incongruité puisqu’il n’a fait que culpabiliser les enseignants.

Apparemment, l’iufm ne peut pas convoquer un intervenant pour moins de 3 heures, or très souvent lorsque le sujet est traité en 1h30, on ne nous autorise pas à partir. Dans ce cas il serait au moins respectueux de mettre d’autres sujets à l’ordre du jour pour que nos déplacements soient justifiés et que les intervenants ne se sentent pas obligés de " broder " pour gagner (perdre !) du temps.

Faut-il encore rappeler que les interventions que nous attendons doivent être des témoignages tout neufs, authentiques et proches de nos préoccupations…

Aussi, quelques grosses incohérences ont été remarquées entre les sujets de conférences et les activités des ateliers qui ont suivi (e. g. conférence sur l’école entre crise et refondation et atelier sur l’évaluation : cherchez l’erreur…).

Enfin, nous ne supportons plus d’être traités comme des irresponsables en matière d’assiduité : le jeudi 2 mars, nous avons été surveillés dans l’amphithéâtre de Montjoux, et à tous les cours nous devons émarger matin et après-midi. Si les responsables de l’iufm étaient convaincus de la qualité de la formation, ressentiraient-ils le besoin de jouer aux gendarmes ? L’absentéisme n’est qu’un symptôme : pourquoi ne pas plutôt traiter le mal à sa source, en révisant le contenu et le cadre des formations ?

Qui est encore assez naïf pour ne pas voir que les semaines culturelles ne sont qu’un pis-aller et un lot de consolation ? On tente de nous faire oublier, grâce à des activités pour le moins dépaysantes, que le reste de la formation est zéro (pourquoi avoir peur des mots ?).

Encore faut-il que ces semaines soient réellement exaltantes, ce qui n’est pas toujours le cas. On nous fait croire que l’on a le choix, mais comme pour les modules et les conférences, nos vœux ne sont pas pris en compte ; de même, l’échange n’est pas permis, et ce, même si l’on est deux à y trouver notre compte. Cette rigidité, pour des semaines dites " culturelles " n’a pas lieu d’être.

Rigidité encore en ce qui concerne l’assiduité : les semaines culturelles sont obligatoires ! Et bien sûr nous devons rattraper les heures de cours manqués, selon le bon vouloir de nos chefs d’établissement respectifs. Autant dire que nous préfèrerions être tous logés à la même enseigne en termes de rattrapage, puisque nous sommes tous tenus d’assister aux semaines culturelles.

Comble du comble, on nous demande parfois de renoncer à un voyage pédagogique ou à un conseil de classe pour aller en semaine culturelle ou en formation sur un site de l’iufm. Il serait temps pour les responsables des iufms d’être cohérents dans leur politique de formation : le devenir de nos élèves n’est-il pas plus important que notre propre épanouissement lors des semaines culturelles ?

Pour finir, nous contestons les dates de ces semaines : elles arrivent à des moments stratégiques de l’année scolaire (1er trimestre, puis au moment des conseils de classe du 2ème, sans parler de la rédaction du mémoire ainsi que des 2èmes visites des formateurs…). Nous suggérons qu’à l’avenir, si ces semaines sont maintenues, elles se déroulent au troisième trimestre, après remise et soutenance du mémoire professionnel.

 

Nous espérons que vous ferez une lecture attentive de nos revendications et que celle-ci ne s’arrêtera pas à un simple constat. Nous ne supportons plus cette hypocrisie et cet immobilisme. Nous ne comprenons pas comment une réforme des iufms peut avoir lieu sans concertation avec les principaux concernés, c’est-à-dire les stagiaires.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Les stagiaires PLC2 anglais de l’iufm de Franche-Comté.

 

 

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